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Moi j’mange!

Avec mon beau grand garçon d’amour qui célébrait ses 2 ans, été 2019

Je me suis posé la question cette semaine : pourquoi je mange ? Ça sonne niaiseux hein? Pour une personne qui a souffert de troubles du comportement alimentaire et qui, aujourd’hui, avance en équilibre précaire entre la guérison et les habitudes malsaines, c’est un sujet peu banal à exploiter. J’avais envie de mettre la table sur toutes les déductions que j’ai établies qui, je crois, me poussent à me nourrir. J’en ai décelé vingt, les voici :

  1. Je mange par nécessité, parce que je ressens une vraie faim. C’est une réaction vitale que mon corps m’envoie pour me faire comprendre qu’il réclame de l’énergie pour bouger et se régénérer. Comme une voiture qui a besoin d’essence (ou d’électricité) pour avancer. Je mange pour assoupir l’inconfort d’un estomac vide.
  2. Je mange parce que j’apprécie les repas en famille, entre amis, c’est une raison idéale de se retrouver, de se rassembler. Je crois que prendre le temps de cuisiner, c’est une preuve d’amour. Ça fait du bien d’être entouré de ses proches et de partager le fruit de cet amour.
  3. Je mange parce que j’aime manger. Je savoure les goûts et les finesses d’un heureux mélange de textures et de saveurs. Ça m’apporte du plaisir, je suis bonne vivante, une épicurienne de nature.
  4. Je mange parce que je suis à la recherche de réconfort rapide. Le sentiment de satiété m’apaise. Comme une grosse doudou bien chaude, un soir de tempête d’hiver. Ça ne s’équivaut peut-être pas à l’écoute d’une amie, mais la nourriture me console dans certains moments plus durs.
  5. Je mange parce que j’ai l’impression que ça favorise la régulation de mes émotions. Ou des fois, carrément, à les inhiber. Dans le domaine de la gestion des émotions, j’ai des croutes à manger ! La plupart du temps, je me tourne vers les aliments afin d’étouffer les sentiments qui m’habitent. Je trouve que c’est plus facile et rapide de colmater l’éruption que de vivre ces agitations à froid. Manger « gèle » mon cerveau. J’ai tout le loisir de me concentrer sur la tâche de mastication et d’avalement au lieu de me pencher sur ce que génèrent ces émotions en moi. La colère, le stress, l’ennui, la tristesse… je trouve ça bien plus simple de les enfouir.
  6. Je mange parce que je suis influençable. J’aime essayer de nouvelles choses. Je suis attirée par le marketing bien fait. Je mange avec les yeux avant de positionner mon élan vers l’élément de mes désirs. Si par malheur j’aperçois une publicité qui m’interpelle, je peux devenir obsédée à l’idée d’expérimenter l’aliment convoité.
  7. Je mange parce que mon hypersensibilité m’offre des expériences gustatives plus élevées que la moyenne. Mon odorat bionique m’entraîne vers les griffes de la gourmandise à l’insu de mon estomac qui, souvent, n’est pas du tout affamé.
  8. Je mange par habitude. Parce que je suis seule, devant la télé, alors je mange. Parce qu’il est midi. Faim pas faim, je me dirige à la table et je mange. Je déjeune, parce que j’ai toujours déjeuné. Faim pas faim.
  9. Je mange parce que je n’aime pas gaspiller. Mes enfants n’ont à peine touché à leur muffin ? Je me transforme en poubelle et je fais tout faire disparaître dans les entrailles de ma panse pas si heureuse de s’incarner en réceptacle à déchets. J’n’ai pas faim ? Pas grave, je préfère engloutir les restants, c’est important de ne pas jeter de la nourriture, après tout, il y a des enfants pauvres sous-alimentés qui rêveraient de croquer à pleines dents dans ce muffin !
  10. Je mange par apprentissage. Le matin on déjeune comme un roi. Le midi, on dîne comme un prince et le soir, en soupe comme un pauvre. Le déjeuner est le repas le plus important de la journée, ça doit être vrai, je l’ai lu quelque part.
  11. Je mange parce que je suis naïve. Je me suis inscrite à un programme alimentaire qui me dit que j’ai droit de manger des patates et des produits laitiers à 0 % à volonté ? Regarde-moi bien aller ! Je vais me faire des provisions et elles disparaîtront comme neige au soleil. Ça ne fait pas engraisser qu’ils disent, j’ai bien l’droit alors !
  12. Je mange parce que c’est disponible ou gratuit. J’ai payé mon repas et le dessert est compris ? Je vais le prendre ! La soupe est incluse dans le repas ? Oui SVP. Le pain et le beurre aussi sont inclus dans le repas ? Amène-moi ça par ici ! Quelqu’un apporte des beignes au travail ? Ça tombe tu bien rien qu’un peu, je viens de me faire un café !
  13. Je mange pour faire plaisir à l’autre. Je suis invitée à souper ? L’hôte a travaillé fort pour cuisiner des petites bouchées, je vais en prendre par politesse même si je n’ai pas faim.
  14. Je mange pour me récompenser. Après avoir terminé mon épicerie, je mérite bien cette barre de chocolat. Je viens de clencher la vaisselle et j’ai terminé de nettoyer la cuisine ? Je me dois bien un ou deux ou trois biscuits ! J’ai fait super attention ces derniers jours, j’ai bien droit de me gâter ce soir en me récompensant avec de la crème glacée !
  15. Je mange pour me punir. J’ai englouti une part de gâteau pendant que je faisais super attention à mon alimentation ? Fuck it. Je vais en prendre une deuxième, peut-être même une troisième part. Tant qu’à avoir anéanti mon plan alimentaire, autant le faire comme du monde ! Je vais le manger au complet ce gâteau ! Je suis une autosaboteuse en chef ! J’ai de l’expérience dans la destruction de mes objectifs, j’suis bonne là-dedans. Je mérite de me punir avec ce gâteau.
  16. Je mange par désir de performance. Moi aussi j’ai envie de perdre du poids et de gagner en masse musculaire. Je vais commencer à consommer des shakes le matin. Elle a perdu du poids avec ça, ça devrait fonctionner pour moi aussi ?
  17. Je mange par ennui. Je n’ai rien à faire. Je vais boucher le vide de cet ennui à coup de bouchées. Je mange par passe-temps.
  18. Je mange parce que je suis gourmande. Parfois, lorsque je prépare le souper, il peut m’arriver de souper avant le souper. Une petite bouchée par ci, une autre par là. Quand tout est prêt et que c’est le temps de m’attabler, je n’ai plus faim … mais je mange quand même!
  19. Je mange pour me protéger. Inconsciemment, j’ai l’impression qu’une couche adipeuse entourant mon plexus solaire m’éloigne d’une possible surcharge affective. La graisse, créée par l’action de surmanger, m’enrichit d’un bouclier contre les émotions néfastes et trop intenses. Manger forge un mur défensif afin de préserver la fragilité de mon quartier général où se transitent les émotions et sensations.
  20. Je mange par débalancement de ma satiété et de mes contrôles internes. Les innombrables régimes et programmes alimentaires qui m’ont fait miroiter des miracles n’ont mené qu’à amplifier mes pertes de contrôles avec la nourriture. Je mange parce que mon corps, ma tête et mon cœur se sont perdus à travers tout ce que j’ai bien pu leur imposer au cours des dernières années. Les restrictions m’ont poussée parfois à manger de façon incontrôlable, insatiable et impulsivement.

Après de longues années de troubles alimentaires, différencier la vraie faim de la faim artificielle est un défi au quotidien. Et si c’était correct d’assouvir toutes ces raisons pour se nourrir? Et si le fait de s’alimenter comblait les trois sphères de ma faim, soit au niveau physiologique, émotionnelle et comportementale et que je l’acceptais ainsi? Et si c’était mon schéma de pensées qui était à modifier? Et si mon discours intérieur cessait de faire résonner la culpabilité, la honte et le découragement face à mon poids et mon alimentation? Ce serait plus agréable de croquer dans la vie ainsi hein?


Est-ce que toi aussi tu te sens coupable parfois après avoir mangé? As-tu besoin de changer ton discours intérieur et de modifier ton schéma de pensées face à la nourriture afin d’être mieux avec toi-même?

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